Je fais front
à une alternance

de vents instables
tout le long du trajet
 
Panama-Galápagos.
Bonnie est souvent encalminé sous un soleil
de plomb ou fait front à de furieuses pluies torrentielles. On en profite alors pour faire un brin de toilette tous les deux et éliminer la couche de sel sur nos peaux. Bonnie se porte bien si ce n'est qu'un peu d'eau traîne toujours dans les fonds m'obligeant à écoper chaque matin.

Après dix jours de navigation, un pétrel m'annonce la terre. Bonnie mouille à minuit devant les lumières de l’île Cristobal aux Galápagos. Apres quelques litres de gasoil achetés fort cher et des autorités me demandant de payer de multiples taxes pour visiter les îles, je m’éloigne, sans vent, le lendemain matin de cette nouvelle pompe à touriste, n’aimant pas être pris pour une vache
à lait.

En pleine période EL NINO
, la météo ne répond plus à aucune règle ( les pilotes charts sont déboussolés). Ce phénomène rend les levers et couchers de soleil encore plus magnifiques lâchant dans le ciel tout un panache de couleurs. Assis sur le balcon avant, les nuages, gros cotons moelleux, colorés de rouges, de jaunes, d'orangés, mélangés aux différents bleus du ciel s’estompent à l'infini.

Le pilote électrique a de plus en plus de ratés et m'oblige à barrer souvent. Toutefois, j'apprécie d'être là. Pas de risque d'être dérangé par le téléphone : VHF H.S. Pas de télé, ni de train et d'horaires à respecter... Le temps, ton temps t'appartient et c’est délicieux même si de jours en jours j'écope, j'écope et j 'écope toujours plus (2 fois, jours et nuit ). Coté cambuse le frais à mi-parcours s'est réduit à une portion congrue : 10 oranges, 4 choux rouges aux feuilles éxtérieures un peu moisies et des citrons que j’emmaillote dans du papier journal pour une plus longue conservation. Tous les matins pour éviter des carences je mange la moitié d’un oignon et bois un jus de citron.

Quand le vent se met de la partie, soufflant du S.E il nous fait faire des moyennes honorables, 130, 140 milles en 24 heures. Voiles en ciseaux, tribord amure, Bonnie avale les milles surfant sur la longue houle du Pacifique, des dauphins venant régulièrement jouer à l'étrave. 26è jour de Pacifique, le check-up du bateau n'est pas bon. Fissures dans la coque, baume cassée, voiles qui se décousent régulièrement, capots et coffres non étanches, galhauban détorronné, pilote électrique et VHF sont HS. Il ne manque plus que le GPS portable pour clore le tableau. C’est chose faite le 25, après quelques saucées salées, il ne veut plus rien entendre. Celui de secours est le bien venu. Je bénis l'autoradio de tenir le cap afin que Brel s'époumone à bord. Il parle de cet "alizé qui fouette les îles". Je ne peux que le contredire, sur l'instant il est plutôt question "du plat pays qui est le mien" ! Les derniers miles se feront dans une brise légère.
 

 

  Après 46 jours...   la terre !
Marquises en vue!
 
   

 
Au matin du 6 mai
, 6h00, le jour pointant son nez, au 270°, après 46 jours... la terre !
L ' île de Ua Huka se dessine. Bonnie longe la côte Est, désertique car étant très exposée aux vents de l'Alizé. Quelques nuages stagnent au-dessus des montagnes. Une sterne noire vient me saluer sur le roof se laissant caresser quelques instants.
4 marsouins sans rostre nous escortent les derniers milles.

Cap
vers la baie d'Hane, dans le sud de l'île, en passant entre Matu Hane, un gros rocher et la côte. Le caillou dépassé, la prunelle de mes yeux se fige.
Le paradis est là !

 
 

Le moteur refusant de démarrer, c’est un mouillage à la voile par 9 mètres dans le fond de l’anse près d'une plage de galets noirs. Voiles affalées en vrac, je m'installe à l'étrave de Bonnie. La fatigue, le stress de ce périple, l'émerveillement du paysage qui s'ouvre devant moi, fait que bientôt un flot de larmes inonde mon visage." Regarde compagnon nous avons touché terre".

   
   

La baie est entourée de montagnes aux versants abrupts et recouverts d'un manteau d'herbe vert pomme où chèvres et chevaux paissent paisiblement dans ce jardin d'Eden.

Dans le fond de la baie, le village : son stade de foot détrempé que cochons et poules ont pris pour terrain de jeux et derrière, la cocoteraie. Deux pirogues à balanciers chargées de marquisiens robustes s'entraînent à force de vigoureux coups de pagaies cadencés...

 
   




Souffle coupé...

les paroles de Brel
prennent tout leur sens :
"Le temps s'immobilise
aux Marquises
"
.
   
     
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